30 avril 2006
Musiques d'ailleurs: Le label "Prikosnovenie"
Je vous conseille d'aller découvrir (et écouter) le site du label indépendant Prikosnovenie
C'est un label de disques indépendant qui produit des artistes musiciens. Association loi 1901 à but non lucratif, leurs éventuels exédents sont entièrements réinvestis pour faire découvrir de nouveau groupes.
Leur "créneau" musical sont des mélodies féeriques et fantastiques. Prikosnovenie réunit désormais ses artistes sous la bannière World-Féérique. Prikosnovenie rapporte des musiques et images du monde entier: ces musiques sont créées par de jeunes artistes qui puisent dans leurs racines culturelles. Ils retranscrivent leur culture et leur sensibilité avec personnalité, originalité et intégrité dans une perspective lumineuse, dans un imaginaire réveur proche des contes et de la féérie.
Ainsi, vous pouvez y découvrir de nouvelles musiques, de nouveaux sons aux multiples influences à la fois culturelles et légendaires.
En ce moment, non seulement vous pouvez y écouter des extraits, mais vous trouverez sur le site une compilation de 6 titres à télécharger gratuitement!
Moi même ai un faible pour un groupe que j'y ai découvert, Caprice un groupe russe qui fait une musique merveilleuse, aux influences diverses: musique baroque, pop, concrête, celtique, médiévale, avec des voix heavenly... Leur trilogie "Elvenmusic", est chantée en "Laoris", une langue elfique qu'ils ont crées entièrement, hommage à Tolkien qui lui même avait déja posé les bases de la langue des elfes.
Vous y trouverez aussi Louisa John-Krol et beaucoup d'autres artistes qui vous méneront vers des univers de féerie...
26 mars 2006
Les poêmes de St Jean de La Croix...
…Ou le mystique emprunte les mots de l’amant, ou l’érotisme deviens métaphore de l’union à Dieu, ou l’âme est l’amante qui s’abandonne à l’aimé. Dans la nuit où se dissolvent les repaires, où nous ne nous pouvons plus nous appuyer sur nos sens, notre raison où notre imagination, se nouent les noces d’Eros et psyché, l’Ame et l’Amour, notre personne et l’Absolu, « L’amante en l’amant transformée » Quelque soit la lecture qu’on en fasse, un chef d’œuvre universel de la poésie…
La Nuit obscure
1. Par une nuit obscure,
enflammée d'un amour plein d'ardeur,
ô l'heureuse aventure,
j'allai sans être vue
hors de ma maison apaisée.
2. Dans l'obscur et très sûre,
par l'échelle secrète, déguisée,
ô l'heureuse aventure,
dans l'obscur, en cachette,
ma maison désormais apaisée.
3. Dans cette nuit heureuse,
en secret, car nul ne me voyait,
ni moi ne voyais rien,
sans autre lueur ni guide
sinon celle qui en mon cœur brûlait.
4. Celle-ci me guidait,
plus sûre que celle de midi
au lieu où m'attendait,
moi, je savais bien qui,
à un endroit où nul ne paraissait.
5. Ô nuit qui a conduit,
ô nuit plus aimable que l'aurore,
ô nuit qui a uni
l'ami avec l'aimée,
l'aimée en son ami transformée.
6. Contre mon sein fleuri
qui entier, pour lui seul, se gardait,
il resta endormi,
moi je le caressais
et l'éventail des cèdres l'éventait.
7. L'air venant du créneau,
quand mes doigts caressaient ses cheveux,
avec sa main légère
à mon cou me blessait
et tenait en suspens tous mes sens.
8. En paix je m'oubliai,
le visage penché sur l'ami.
Tout cessa, je cédai,
délaissant mon souci,
parmi les fleurs de lis oublié.
Jean de La Croix
Un autre poème, sur la rencontre de l'aimé dans la nuit de l'âme:
J’entrai sans savoir où j'étais,
Et je restai dans l’ignorance,
En y transcendant toute science.
Ah ! je ne savais où j’entrais,
Mais quand, en ce lieu, je me vis
Sans savoir où je me trouvais,
De grandes choses, je compris ;
Rien à dire d’un ressenti,
Car je restai en ignorance,
En y transcendant toute science.
II
Avec paix et béatitude
Arrivait la science parfaite,
Au profond de la solitude,
Entendue d’une voie directe ;
Elle était chose si secrète
Où je balbutiai d’impotence,
En y transcendant toute science.
III
Étant tellement enivré,
Tant absorbé et transporté,
Qu’en tous mes sens, je demeurai
De tout sentir déshérité ;
Tandis que l’esprit fut doté
D’un entendement sans audience,
En y transcendant toute science.
IV
Ainsi élevé pour de vrai,
Il est lui-même défaillant ;
Tout ce qu’autrefois il savait,
Semble du plus bas maintenant ;
Et sa science s’accroît d’autant,
Qu’il demeure dans l’ignorance,
En y transcendant toute science.
V
Montée aussi aventureuse !
À peine alors il comprenait
Ce qu’est la nuée ténébreuse
Qui durant la nuit l’éclairait ;
Aussi celui qui le savait
Reste toujours dans l’ignorance,
En y transcendant toute science.
VI
Et ce savoir ne se sachant
Possède en lui un tel pouvoir,
Que les arguments des savants
Le vaincre ne peut entrevoir ;
Il ne parvient pas leur savoir
À ne pas entendre en audience,
En y transcendant toute science.
VII
Et de telle haute excellence
Est ce suréminent savoir,
Qu’il n’est ni faculté, ni science,
Apte à le pouvoir concevoir ;
Qui osera s’en dépourvoir,
Par un non savoir de sapience,
Ira toujours en transcendance.
VIII
Et si vous le désirez ouïr,
Cette suréminente science
Advient en un soudain sentir
De Dieu par sa divine essence ;
Et c’est l’œuvre de sa clémence :
Habiter ainsi sans audience
En y transcendant toute science.
Sur le net, les poèmes de St Jean de La Croix sont visibles
| ICI |
22 février 2006
Aloysius Bertrand : "Gaspard de la nuit"
Né dans la Piémont en 1807, mort de la tuberculose à Paris en 1841, Louis Jacques Napoléon Bertrand, dit Aloysius Bertrand n'est connu que pour un seul livre, publié aprés sa mort: "Gaspard de la nuit, Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot ". Mais il influença rien de moins que Baudelaire, à qui il inspira ses poèmes en proses: "Le spleen de Paris" (J'ai une petite confession à vous faire. C'est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d'Aloysius Bertrand (un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé fameux) que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue, et d'appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d'une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. écrit-il à Fernand Houssaye) et Max Jacob :"Le cornet à dé". Ravel mis en musique trois de ces tableaux, Ondine, Le Gibet et Scarbo.
"Gaspard de la nuit" est une série de tableaux fantastiques et gothiques mettant en scène un moyen-age imaginaire, révé par les romantiques. Etres surnaturels, magie, forces mystérieuses de la nature, tout ,cela est décrit avec une puissance d"évocation et peu commune, où la poèsie rejoint la peinture et la musique. Une oeuvre que les amateurs de fantastique, les adeptes de la mode "gothique", ceux qui aiment aujour'hui les "nouvelles-instants" devraient relire sans cesse...
ONDINE.
Je croyais entendre
Une vague harmonie enchanter mon sommeil,
Et près de moi s'épandre un murmure pareil
Aux chants entrecoupés d'une voix triste
et tendre&l;nbsp; Une vague harmonie enchanter mon sommeil,
Et près de moi s'épandre un murmure pareil
Aux chants entrecoupés d'une voix triste
et tendreCH. BRUGNOT. - Les deux Génies.
- « Écoute! - Écoute! - C'est moi, c'est Ondine qui frôle de
ces gouttes d'eau les losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les
mornes rayons de la lune; et voici, en robe de moire, la dame
châtelaine qui contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.« Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant, chaque
courant est un sentier qui serpente vers mon palais, et mon palais est
bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de
l'air.« Écoute! - Écoute! - Mon père bat l'eau coassante d'une
branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent de leurs bras d'écume les
fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du
saule caduc et barbu qui pêche à la ligne. »*
* *Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à
mon doigt, pour être l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son
palais, pour être le roi des lacs.Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle, boudeuse
et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et
s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes
vitraux bleus.
L'ALCHIMISTE.Notre art s'apprend en deux
manières, c'est à savoir par
enseignement d'un maître, bouche à
bouche, et non autrement, ou par
inspiration et révélation divines; ou
bien par les livres lesquels sont moult
obscurs et embrouillés; et pour en
iceux trouver accordance et vérité
moult convient être subtil, patient,
studieux et vigilant.
La clef des secrets de
philosophie de Pierre Vicot.Rien encore! - Et vainement ai-je feuilleté pendant trois jours
et trois nuits, aux blafardes lueurs de la lampe, les livres
hermétiques de Raymond Lulle.Non, rien, si ce n'est, avec le sifflement de la cornue
étincelante, les rires moqueurs d'un salamandre qui se fait un jeu de
troubler mes méditations.Tantôt il attache un pétard à un poil de ma barbe, tantôt il me
décoche de son arbalète un trait de feu dans mon manteau.Ou bien fourbit-il son armure, c'est alors la cendre du
fourneau qui souffle sur les pages de mon formulaire et sur l'encre de
mon écritoire.Et la cornue toujours plus étincelante siffle le même air que
le diable, quand saint Éloi lui tenaille le nez dans sa forge.Mais rien encore! - Et pendant trois autres jours et trois
autres nuits je feuilleterai, aux blafardes lueurs de la lampe, les
livres hermétiques de Raymond Lulle!
DÉPART POUR LE SABBAT.
Elle se leva la nuit, et
allumant la chandelle prit une boîte et
s'oignit, puis avec quelques paroles
elle fut transportée au sabbat.
JEAN BODIN. - De la
Démonomanie des Sorciers.Ils étaient là une douzaine qui mangeaient la soupe à la bière,
et chacun d'eux avait pour cuiller l'os de l'avant-bras d'un mort.La cheminée était rouge de braise, les chandelles
champignonnaient dans la fumée, et les assiettes exhalaient une odeur
de fosse au printemps.Et lorsque Maribas riait ou pleurait, on entendait comme
geindre un archet sur les trois cordes d'un violon démantibulé.Cependant le soudard étala diaboliquement sur la table, à la
lueur du suif, un grimoire où vint s'ébattre une mouche grillée.Cette mouche bourdonnait encore lorsque, de son ventre énorme
et velu, une araignée escalada les bords du magique volume.Mais déjà sorciers et sorcières s'étaient envolés par la
cheminée à califourchon, qui sur un balai, qui sur les pincettes, et
Maribas sur la queue de la poêle.
L'intégrale de "Gaspard de la nuit" est lisible sur: http://cage.rug.ac.be/~dc/Literature/Gaspard/







