12 avril 2006
LA FIN-2
Il fit glisser à terre le dernier vêtement qu’elle portait, sa jupe tachée de sperme et de sang. Il faisait nuit maintenant et elle se laissa conduire, sa main dans la sienne, à travers l’escalier plongé dans l’obscurité. Elle le suivait en aveugle, entièrement nue, avec le sang qui se figeait de la base de son cou à la pointe de ses seins et le sperme qui ruisselait entre ses cuisses, dans leurs odeurs âcres et musquées, et le seul bruit des vagues, dehors. Dans sa chambre, il alluma des bougies. D’épais rideaux cramoisis masquaient les fenêtres. Au dessus d’un bahut sculpté était fixé un grand miroir. Sur le bahut au milieu de deux chandeliers où brûlaient des chandelles rouges, trônait un antique crucifix en bronze doré, incrusté de pierreries.
- Tu vois dit-il, contrairement à ce que disent les légendes, je me reflète dans le miroir et je ne crains pas les croix…Celle là appartiens à ma famille depuis au moins le XVIIeme siècle.
- Mais c’est une vraie pièce de musée, très précieuse…
- Aucun cambrioleur n’entre ici…
Des statuettes de bronze portaient d’autres candélabres. Les murs étaient couverts de petits tableaux et d’anciennes photos sépia. Elle s’assit sur le grand lit à colonnades et le regarda dévêtir lui aussi totalement son corps musclé. La lumière des bougies rendait rouge sa chair et plus noire la pilosité sur ses bras, sa poitrine et son ventre.
- Moi aussi je souhaite mourir, dit-il. J’ai trop vécu. J’ai vu cette ville occupée par les soldats de Louis XIV, venus pour repousser les anglais. Puis par ceux de la république qui chassaient les chouans. Moi je tue pour vivre, mais les mortels, je ne sais pas ce qui les pousse à massacrer leurs semblables. Je ne veux plus vivre en supprimant les vies. A travers Agnès j’ai appris à aimer les humains, malgré leurs tares. Ces pauvres humains, fragiles comme elle…Et puis je ne peux m’attacher à personne. Soit je fais de l’autre un vampire avide de sang, ce que je ne veux plus, soit sa vie sera si courte par rapport à la mienne ! Si je t’ai épargnée tout à l’heure, c’est que tu es celle que j’attendais. Pas une simple victime, mais quelqu’un avec qui je veux sceller nos noces. Tu boiras mon sang comme je boirai le tiens.
- Mais…Je crois que celui qui bois le sang d’un vampire en deviens un lui aussi ?
- C’est vrai, mais en réalité la transformation prend plusieurs jours. Je veux juste éveiller chez toi les pouvoirs de ma race. Tu seras plus réceptive et notre union sera totale. Fais moi confiance, notre mort sera lumineuse !
Il saisi un poignard au manche d’argent finement ouvragé, qui traînait sur la table de nuit et doucement, sans sembler en souffrir, ouvrit sur sa poitrine une longue estafilade de haut en bas. Sylvia, s’étonnant elle-même, vint lécher le sang qui s’écoulait, et elle se surprit à en aimer le goût sucré-salé, la substance épaisse et chaude. Elle le lapait goulûment, l’aspirait pour en avoir le plus possible en bouche. Ce n’était pas du sang ordinaire d’ailleurs, il chauffait sa gorge en passant comme le whisky que lui avait offert Agnès tout à l’heure. Elias râla et son sexe se redevint raide contre le ventre de Sylvia. Elle se laissa tomber en arrière sur le lit et ouvrit les jambes.
- Prends moi encore. Bois moi encore.
Il était sur elle et lui entailla l’épaule de son poignard. Son dard la pénétra à nouveau, ses lèvres s’abreuvaient à sa plaie. Les jambes refermées sur les fesses de l’homme elle sombra encore dans un coma exquis. Leurs sangs se mêlèrent, les collant l’un à l’autre. 
La nuit était tombée et les prédateurs s’éveillaient. Sylvia ouvrit les yeux, elle se sentait différente, ses sens exaltés…Elle percevait le mouvement de chaque mouette, de chaque goéland qui planait sur la mer. Et de chaque voiture qui passait sur la route dont elle savait le nombre d’occupants. De la chair, du sang…Un appétissant fumet montait d’Elias, a coté d’elle, de toutes les blessures qu’ils s’étaient fait mutuellement. En bougeant elle arracha plusieurs croûtes qui les rattachaient, la petite douleur lui parue délicieuse. Son amant remua doucement. Elle s’aperçut aussi qu’elle voyait bien dans l’obscurité complète de la chambre. Elle avait envie de lui, bien que leurs étreintes se soient poursuivies jusqu’à l’aube, où les vampires s’endorment. A cette occasion elle avait découverts qu’il pouvait la faire jouir sans trêve en lui faisant du bien comme du mal. Elle descendit sa bouche le long du corps d’Elias, jusqu'à ses testicules qu’elle lécha. Toutes les odeurs la transportaient. Le membre rapidement s’éveilla, se dressa et elle le parcouru de ses lèvres, puis de ses dents. Elle fit alors ce qu’avant elle aurait considéré comme un acte de folie furieuse, elle le mordit jusqu’au sang. Elle savait que ça lui plaisait, d’ailleurs il en gémit d’aise. Elle le prit dans sa bouche et le suça. L’homme lui donna la cadence en la tenant par les cheveux et elle en aimait la sauvagerie. Régulièrement elle resserrait la mâchoire pour provoquer de nouveaux saignements qui remplissaient sa gorge et lorsqu’il explosa, elle goûta pour la première fois le mélange de la semence et de l’hémoglobine, et s’en régala.
Elias l’embrassa, avec encore le goût cuivré du sang dans sa bouche :
- Bon, il faut que j’aille parler à Agnès. Que je la prépare, la pauvre. Cette nuit nous partons, pour le grand voyage…
Sylvia se leva, s’observa dans le miroir. Elle était effrayante avec son cou et ses épaules lacérées, ses longues traînées de sang coagulé qui lui couraient sur le corps. Ses lèvres te son menton étaient aussi
couvertes de croûtes brunes. Mais Agnès devait être habituée à ce genre de spectacle. Elle passa la robe de chambre grenat que son amant avait posé sur le lit et descendit. Dans la cuisine, Agnès sanglotait dans les bras d’Elias. Sylvia vint prés d’elle, lui caressa la joue.
- Vous devez me détester…
- Non, madame, je ne vous en veux pas. C’était son destin, à Monsieur Elias. Moi il m’a aidé à vivre toutes ces années, et vous vous l’aidez à mourir. Souvent il m’a fait l’amour à moi aussi, mais c’était pour me faire plaisir, pas parce que je lui plaisais.
L’odeur du sang de l’employée de maison parvenait à Sylvia. Un sang frais, au parfum de tabac et d’un reste d’alcool. Elle observait la veine bleutée qui affleurait sur le coté de son cou. Elle avait l’envie d’y mordre, d’y boire…
- Agnès, dit doucement Elias, tu dois quitter la ville, ce soir. Il ne faut pas qu’on te rendre responsable de notre mort. Prends la Mercedes et va à la maison de Rennes. J’ai fait un testament, tu le sais, elle te reviens, ainsi que l’appartement de Paris. Il n’y a plus de famille Duaruz. Tu hérites de tout.
- Non, dit Agnès. J’ai rien à faire de tout ça. Si vous le voulez bien, je pars avec vous.
- Si c’est ce que tu choisis…
Agnès semblait apaisée par ces paroles. Elle essuya ses yeux et indiqué à Sylvia son sac à main, qui était resté où elle l’avait posé en arrivant.
- Votre téléphone a sonné plusieurs fois.
Sylvia sortit son portable
- Oui, c’est le boulot. C’est vrai que j’étais censée travailler aujourd’hui.
Elle ouvrit la fenêtre et lança l’appareil loin, sur les rochers de l’autre coté de la route.
- J’ai démissionné…De l’hôpital, et de la vie…
Elle avait un sourire radieux en disant cela.
5
Si la maison était ancienne, la salle de bain était moderne, avec une baignoire d’angle qui pouvait accueillir largement deux personnes. Sylvia savonnait le torse de son amant.
- Tes plaies sont déjà refermées, presque cicatrisées !
- Bien sur, tu vois la capacité de récupération de mon corps de non-mort. Comme dans les histoires, le soleil me brûlerait, mais il suffirait que je me réfugie à l’ombre quelques jours pour mes chairs, même sévèrement atteintes, se régénèrent entièrement. Regarde, toi-même tu n’es pas devenue encore vraiment une vampire et déjà tes coupures sont en train de se ressouder…
Ils s’enlacèrent dans l’eau chaude. Manié par Elias, le passage du savon était une caresse qui masquait les seins de Sylvia sous la mousse blanche.
- Comment peux tu mourir alors ? Soupira-t-elle.
Les doigts de l’homme jouaient avec ses pointes roses, la langue de l’homme avec ses lèvres.
- On peu me décapiter, mais le plus sûr est l’incinération…
- Comment c’est d’être mort, d’après toi ? Enfin, d’être vraiment mort…
Elias sourit. Il se relava et ouvrit la grande fenêtre aux carreaux dépolis.
Sylvia ne ressentait pas le froid, bien que le vent de la mer entra dans la salle de bain. Il lui portait des odeurs de sang chaud, venu de la côte, celle des corps endormis, de gorges sans protections, et aussi des odeurs de sang surchargés de sécrétions hormonales, des parfums de peaux moites qui se frottaient les unes aux autres, de sexes ruisselants, de cheveux et de poils emmêlés…En face de la maison, la marée était haute, le ciel aux trois quarts dégagé laissait briller la lune et quelques étoiles.
- La pluie a cessée, dit-il Ou sont les nuages ? Ils ont disparus, les pauvres ? Plutôt, ils ont fusionnés avec la mer maintenant, avec la terre et les plantes, avec l’humidité de l’air ! Et tu vois ces rochers si solides, là bas ? Un jour ils seront du sable. Le nuage a une vie courte, le rocher une longue, mais ce n’est que leur forme qui meurt. Quand on sera morts, c’est juste nos personnes qui seront passées. Ces petites personnes auxquelles on s’accroche tant, toi depuis quarante ans, moi depuis plus de trois siècles. Mais ce n’est que transitoire ! Rien n’est éternel, même pas un vampire. Ta personne à l’impermanence d’un nuage, la mienne celle d’un rocher. Mais tous les deux ils passent, ne t’y accroches pas…
- Pourtant, nos personnes, c’est nous !
Il l’entraîna à la fenêtre, nue et dégoulinante sur le sol. Ils ne se souciaient pas qu’on puisse les voir de la route.
- Dirige tes nouveaux sens vers le ciel.
Elle percevait un gouffre noir, loin, très loin, sans limite, et les étoiles avec des abîmes entre elles. D’abord elle n’entendit que le vent, puis au delà, un silence qui semblait étouffer tous les bruits de la terre.
- Qu’est ce que tu ressens ?
- Je ressens…Qu’on est des atomes instables dans le vide infini…
- Le vide…D’où l’on viens, où l’on va…Rien à craindre ! Laisse crever les nuages, tomber la pluie et s’évaporer la mer…
Ils restèrent un moment enlacés, contemplant le mystère. Puis ils refermèrent la fenêtre et se replongèrent dans la baignoire. Sylvia avait trouvé sur le rebord un vieux rasoir « coupe-choux » au manche de nacre et jouait avec.
- Il est aussi du XVIIeme siècle ?
- Non, bien sur ! Du début du XXeme, je crois…
- Le tranchant est bien entretenu… Au lycée, j’adorais écrire et dessiner sur les tables !
Soigneusement elle grava plusieurs motifs sur le torse de l’homme: un cœur, une croix, des fleurs et les lettres E.L.I.A.S., qui se mirent à ruisseler, vermeilles. Elle y but. L’eau devenait rose. Ils se comprenaient sans parler, maintenant. Elle passa le rasoir à Elias, plongea ses deux mains dans le sang et s’en enduit les seins, puis la bouche.
- Je te plais comme ça ?
Sans attendre de réponse elle lui tourna le dos, s'appuya contre le rebord de la baignoire et se cambra. Le rasoir mordit longuement sa peau, plusieurs fois, des omoplates aux reins. La brûlure partait de la périphérie de son être jusqu’au plus profond, mettant à nu au passage des strates inconnues d’elle-même, de nouvelles ouvertures par lesquelles elle s’offrait davantage. Son dos était en feu, ce feu rayonnait dans tout son réseau nerveux, comme autant de ramifications gagnées par l’incendie. La langue de son amant s’immisçait dans les coupures, remontaient sur sa nuque, ses épaules ou les dents prenaient le relais. La queue savonneuse d’Elias se glissa entre ses fesses, poussa, l’ouvrit aussi par là. Elle hurla, se tordit sans trop savoir si elle voulait se dégager ou s’empaler plus. Une barre de chair ardente la transperçait sans pitié. Sanglante, sodomisée, elle tendit le cou. Elle aurait aimé qu’à cet instant il passe la lame devant et l’égorge sans sortir d’elle. Mais c’est ensemble qu’ils devaient mourir. Pour cette fois il se contenta de lui procurer un nouvel orgasme noir.
6
Sylvia regardait la nuit depuis la chambre, et la mer qui remontait. Elle ignorait l’heure qu’il pouvait être, peut être deux ou trois heures du matin. Mais quelle importance ? Avant que le jour ne lève, elle serait libérée du temps. Toujours dans le plus simple appareil, elle referma la fenêtre et revins s’allonger prés d’Elias. Elle avait été dépouillée de ses vêtements quelques instants après son arrivée, le soir d’avant, de façon violente. Ils avaient été arrachés, déchirés, jetés à terre, et elle n’avait plus songé à les remettre. Symboliquement, c’est intérieurement qu’elle avait été dévêtue, débarrassée de ses masques et ses leurres, de ses espoirs comme de ses craintes. Elle mourrait nue, dans son identité originelle. Elias était nu aussi. Leur mort n’avait rien de triste. Chacun de leur coté ils avaient errés dans un labyrinthe, et voila la porte qui s’ouvrait sur un monde sans mur.
Chacun parcourait la peau de l’autre, cette limite qui bientôt ne serait plus. Sur le marbre des tables de nuit, le couteau trônait du coté de l’homme, le rasoir du coté de la femme. Agnès rentra dans la chambre, après avoir cogné à la porte, par habitude. Elle portait un jerrican d’essence dont elle repartir le contenu avec soin sur tout le sol et les meubles n’épargnant que le lit.
- Voila, dit elle. Tout est prêt. J’ai allumé la cigarette sur la table du salon. Dans quelques instants elle va enflammer les kleenex au bout. Ensuite j’ai mis pas mal de papier roulé en boule.
- Bien, répondit Elias, ça nous laisse un peu de temps. Viens, maintenant.
Agnès se dévêtit à son tour et les rejoignit. Sylvia détaillait le corps qu’elle avait déjà examiné aux urgences, avec un oeuil professionnel : le peau plissée qui surmontait des seins de taille moyenne mais un peu flasques, avec la rose tatouée. Ses côtes saillantes qui détonnaient avec le ventre rond et les cuisses grasses. Un pubis en broussaille, sans soin. Ses fesses par contre étaient fermes et belles. Elle se tenait à genoux au pied du couple allongé, s’appuyant sur une des colonnes torsadées.
- Je voulais vous demander, monsieur…j’aimerais que vous me preniez une dernière fois…Si madame est d’accord, bien sur, sinon…
Sylvia lui sourit.
- Je suis d’accord, Agnès…Pas de problème !
L’employée vint s’allonger prés de son patron. Avec une visible connaissance de ses ressorts intimes, Elias lui parcouru le ventre et l’intérieur des cuisses de sa bouche, avant de passer la langue dans sa rose entrouverte. Sylvia l’observa lécher Agnès qui ondulait son bassin avec de petits cris. Au moment où elle allait exploser il se redressa et la cloua littéralement au lit avec son pieu. Elle cria plus fort. Tout en la labourant de son sexe il avait saisi le couteau et lui entailla la base du cou. Il porta ses lèvres à la fontaine rouge.
Très échauffée, Sylvia s’était collée à eux et se masturbait en se frottant sur l’os de la hanche d’Agnès. Elle tenait le rasoir et lui fit une autre entaille, de l’autre coté. L’odeur et le goût du sang l’enivrait.
Agnès hurla encore :
- Comme c’est bon ! Merci ! Merci !
Puis un spasme la secoua, elle jouit bruyamment et s’immobilisa, un sourire figé sur ses lèvres blanches.
Elias posa un baiser sur le visage sans vie d’Agnès. Venue du rez de chaussée, de la fumée envahissait le couloir, se glissait dans la chambre.
Il s’assit en tailleur à la tête du lit, la verge dressée, son couteau encore en main. Sylvia vint s’emboîter sur lui, et referma ses jambes derrière son dos.
- On s’en va, murmura-t-il
Il l’embrassa. Elle le sentait au fond de son ventre et ses lèvres sur les siennes. Elle frémit sous la caresse du couteau. La lame avait pénétré plus profondément que d’habitude et un flot jaillissait sur le coté de sa gorge. Mais la bouche de son dernier amant vint s’y poser, transformant la douleur en plaisir. Elle se servit du rasoir de la même façon sur lui et téta aussi à la plaie. Du coin de l’œil elle aperçu les lumières dansantes de l’incendie dans l’escalier.
Il l’aspirait. Elle se vidait en lui. Il se vidait en elle. Il n’y avait plus qu’un tourbillon qui passait de l’un à l’autre, et le plaisir qui les emportait. Quand les premières flammes vinrent lécher le sol de la chambre ce fut un grand embrasement, un éclat rouge dans un grondement. Quelqu’un brûlait quelque part mais ce n’était pas elle. Elle était dilatée à l’infini, dans la clarté de la lune, le scintillement des étoiles, unie au vide qui contient tous les mondes… 
Come on baby...and she had no fear
And she ran to him...then they started to fly
They looked backward and said goodby...she had become like they are
She had taken his hand...she had become like they are
Come on baby...don't fear the reaper
Blue Oyster Cult (Don’t fear) The Reaper
(Beaucoup d'illustrations de cette histoires sont extraits du site allemand
| érotico-gothico-vampirique: Dark vampires que je trouve trés beau) |












