lux umbra

Textes fantastiques, sombres ou mystiques entre ombres et lumières, enfers et paradis

12 avril 2006

LA FIN-2

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Il fit glisser à terre le dernier vêtement qu’elle portait, sa jupe tachée de sperme et de sang. Il faisait nuit maintenant et elle se laissa conduire, sa main dans la sienne, à travers l’escalier plongé dans l’obscurité. Elle le suivait en aveugle, entièrement nue, avec le sang qui se figeait de la base de son cou à la pointe de ses seins et le sperme qui ruisselait entre ses cuisses, dans leurs odeurs âcres et musquées, et le seul bruit des vagues, dehors. Dans sa chambre, il alluma des bougies. D’épais rideaux cramoisis masquaient les fenêtres. Au dessus d’un bahut sculpté était fixé un grand miroir. Sur le bahut au milieu de deux chandeliers où brûlaient des chandelles rouges, trônait un antique crucifix en bronze doré, incrusté de pierreries.
- Tu vois dit-il, contrairement à ce que disent les légendes, je me reflète dans le miroir et je ne crains pas les croix…Celle là appartiens à ma famille depuis au moins le XVIIeme siècle.vb2_jpg
- Mais c’est une vraie pièce de musée, très précieuse…
- Aucun cambrioleur n’entre ici…
Des statuettes de bronze portaient d’autres candélabres. Les murs étaient couverts de petits tableaux et d’anciennes photos sépia. Elle s’assit sur le grand lit à colonnades et le regarda dévêtir lui aussi totalement son corps musclé. La lumière des bougies rendait rouge sa chair et plus noire la pilosité sur ses bras, sa poitrine et son ventre.
- Moi aussi je souhaite mourir, dit-il. J’ai trop vécu. J’ai vu cette ville occupée par les soldats de Louis XIV, venus pour repousser les anglais. Puis par ceux de la république qui chassaient les chouans. Moi je tue pour vivre, mais les mortels, je ne sais pas ce qui les pousse à massacrer leurs semblables. Je ne veux plus vivre en supprimant les vies. A travers Agnès j’ai appris à aimer les humains, malgré leurs tares. Ces pauvres humains, fragiles comme elle…Et puis je ne peux m’attacher à personne. Soit je fais de l’autre un vampire avide de sang, ce que je ne veux plus, soit sa vie sera si courte par rapport à la mienne ! Si je t’ai épargnée tout à l’heure, c’est que tu es celle que j’attendais. Pas une simple victime, mais quelqu’un avec qui je veux sceller nos noces. Tu boiras mon sang comme je boirai le tiens.
- Mais…Je crois que celui qui bois le sang d’un vampire en deviens un lui aussi ?
- C’est vrai, mais en réalité la transformation prend plusieurs jours. Je veux juste éveiller chez toi les pouvoirs de ma race. Tu seras plus réceptive et notre union sera totale. Fais moi confiance, notre mort sera lumineuse !
Il saisi un poignard au manche d’argent finement ouvragé, qui traînait sur la table de nuit et doucement, sans sembler en souffrir, ouvrit sur sa poitrine une longue estafilade de haut en bas. Sylvia, s’étonnant elle-même, vint lécher le sang qui s’écoulait, et elle se surprit à en aimer le goût sucré-salé, la substance épaisse et chaude. Elle le lapait goulûment, l’aspirait pour en avoir le plus possible en bouche. Ce n’était pas du sang ordinaire d’ailleurs, il chauffait sa gorge en passant comme le whisky que lui avait offert Agnès tout à l’heure. Elias râla et son sexe se redevint raide contre le ventre de Sylvia. Elle se laissa tomber en arrière sur le lit et ouvrit les jambes.
- Prends moi encore. Bois moi encore.
Il était sur elle et lui entailla l’épaule de son poignard. Son dard la pénétra à nouveau, ses lèvres s’abreuvaient à sa plaie. Les jambes refermées sur les fesses de l’homme elle sombra encore dans un coma exquis. Leurs sangs se mêlèrent, les collant l’un à l’autre.
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La nuit était tombée et les prédateurs s’éveillaient. Sylvia ouvrit les yeux, elle se sentait différente, ses sens exaltés…Elle percevait le mouvement de chaque mouette, de chaque goéland  qui planait sur la mer. Et de chaque voiture qui passait sur la route dont elle savait le nombre d’occupants. De la chair, du sang…Un appétissant fumet montait d’Elias, a coté d’elle, de toutes les blessures qu’ils s’étaient fait mutuellement. En bougeant elle arracha plusieurs croûtes qui les rattachaient, la petite douleur lui parue délicieuse. Son amant remua doucement. Elle s’aperçut aussi qu’elle voyait bien dans l’obscurité complète  de la chambre. Elle avait envie de lui, bien que leurs étreintes se soient poursuivies jusqu’à l’aube, où les vampires s’endorment. A cette occasion elle avait découverts qu’il pouvait la faire jouir sans trêve en lui faisant du bien comme du mal. Elle descendit sa bouche le long du corps d’Elias, jusqu'à ses testicules qu’elle lécha. Toutes les odeurs la transportaient. Le membre rapidement s’éveilla, se dressa et elle le parcouru de ses lèvres, puis de ses dents. Elle fit alors ce qu’avant elle aurait considéré comme un acte de folie furieuse, elle le mordit jusqu’au sang. Elle savait que ça lui plaisait, d’ailleurs il en gémit d’aise. Elle le prit dans sa bouche et le suça. L’homme lui donna la cadence en la tenant par les cheveux et elle en aimait la sauvagerie. Régulièrement elle resserrait la mâchoire pour provoquer de nouveaux saignements qui remplissaient sa gorge et lorsqu’il explosa, elle goûta pour la première fois le mélange de la semence et de l’hémoglobine, et s’en régala.
Elias l’embrassa, avec encore le goût cuivré du sang dans sa bouche :
- Bon, il faut que j’aille parler à Agnès. Que je la prépare, la pauvre. Cette nuit nous partons, pour le grand voyage…
Sylvia se leva, s’observa dans le miroir. Elle était effrayante avec son cou et ses épaules lacérées, ses longues traînées de sang coagulé qui lui couraient sur le corps. Ses lèvres te son menton étaient aussi h28_jpgcouvertes de croûtes brunes. Mais Agnès devait être habituée à ce genre de spectacle. Elle passa la robe de chambre grenat que son amant avait posé sur le lit et descendit. Dans la cuisine, Agnès sanglotait dans les bras d’Elias. Sylvia vint prés d’elle, lui caressa la joue.
- Vous devez me détester…
- Non, madame, je ne vous en veux pas. C’était son destin, à Monsieur Elias. Moi il m’a aidé à vivre toutes ces années, et vous vous l’aidez à mourir. Souvent il m’a fait l’amour à moi aussi, mais c’était pour me faire plaisir, pas parce que je lui plaisais.
L’odeur du sang de l’employée de maison parvenait à Sylvia. Un sang frais, au parfum de tabac et d’un reste d’alcool. Elle observait la veine bleutée qui affleurait sur le coté de son cou. Elle avait l’envie d’y mordre, d’y boire…
- Agnès, dit doucement Elias, tu dois quitter la ville, ce soir. Il ne faut pas qu’on te rendre responsable de notre mort. Prends la Mercedes et va à la maison de Rennes. J’ai fait un testament, tu le sais, elle te reviens, ainsi que l’appartement de Paris. Il n’y a plus de famille Duaruz. Tu hérites de tout.
- Non, dit Agnès. J’ai rien à faire de tout ça. Si vous le voulez bien, je pars avec vous.
- Si c’est ce que tu choisis…
Agnès semblait apaisée par ces paroles. Elle essuya ses yeux et indiqué à Sylvia son sac à main, qui était resté où elle l’avait posé en arrivant.
- Votre téléphone a sonné plusieurs fois.
Sylvia sortit son portable
- Oui, c’est le boulot. C’est vrai que j’étais censée travailler aujourd’hui.
Elle ouvrit la fenêtre et lança l’appareil loin, sur les rochers de l’autre coté de la route.
- J’ai démissionné…De l’hôpital, et de la vie…
Elle avait un sourire radieux en disant cela.
                                                          
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Si la maison était ancienne, la salle de bain était moderne, avec une baignoire d’angle qui pouvait accueillir largement deux personnes. Sylvia savonnait le torse de son amant.
- Tes plaies sont déjà refermées, presque cicatrisées !
- Bien sur, tu vois la capacité de récupération de mon corps de non-mort. Comme dans les histoires, le soleil me brûlerait, mais il suffirait que je me réfugie à l’ombre quelques jours pour mes chairs, même sévèrement atteintes, se régénèrent entièrement. Regarde, toi-même tu n’es pas devenue encore vraiment une vampire et déjà tes coupures sont en train de se ressouder…
Ils s’enlacèrent dans l’eau chaude. Manié par Elias, le passage du savon était une caresse qui masquait les seins de Sylvia sous la mousse blanche.
- Comment peux tu mourir alors ? Soupira-t-elle.
Les doigts de l’homme jouaient avec ses pointes roses, la langue de l’homme avec ses lèvres.
- On peu me décapiter, mais le plus sûr est l’incinération…
- Comment c’est d’être mort, d’après toi ? Enfin, d’être vraiment mort…
Elias sourit. Il se relava et ouvrit la grande fenêtre aux carreaux dépolis.
byrne_jpg1Sylvia ne ressentait pas le froid, bien que le vent de la mer entra dans la salle de bain. Il lui portait des odeurs de sang chaud, venu de la côte, celle des corps endormis, de gorges sans protections, et aussi des odeurs de sang surchargés de sécrétions hormonales, des parfums de peaux moites qui se frottaient les unes aux autres, de sexes ruisselants, de cheveux et de poils emmêlés…En face de la maison, la marée était haute, le ciel aux trois quarts dégagé laissait briller la lune et quelques étoiles.
- La pluie a cessée, dit-il Ou sont les nuages ? Ils ont disparus, les pauvres ? Plutôt, ils ont fusionnés avec la mer maintenant, avec la terre et les plantes, avec l’humidité de l’air ! Et tu vois ces rochers si solides, là bas ? Un jour ils seront du sable. Le nuage a une vie courte, le rocher une longue, mais ce n’est que leur forme qui meurt. Quand on sera morts, c’est juste nos personnes qui seront passées. Ces petites personnes auxquelles on s’accroche tant, toi depuis quarante ans, moi depuis plus de trois siècles. Mais ce n’est que transitoire ! Rien n’est éternel, même pas un vampire. Ta personne à l’impermanence d’un nuage, la mienne celle d’un rocher. Mais tous les deux ils passent, ne t’y accroches pas…
- Pourtant, nos personnes, c’est nous !
Il l’entraîna à la fenêtre, nue et dégoulinante sur le sol. Ils ne se souciaient pas qu’on puisse les voir de la route.
- Dirige tes nouveaux sens vers le ciel.
Elle percevait un gouffre noir, loin, très loin, sans limite, et les étoiles avec des abîmes entre elles. D’abord elle n’entendit que le vent, puis au delà, un silence qui semblait étouffer tous les bruits de la terre.
- Qu’est ce que tu ressens ?
- Je ressens…Qu’on est des atomes instables dans le vide infini…
- Le vide…D’où l’on viens, où l’on va…Rien à craindre ! Laisse crever les nuages, tomber la pluie et s’évaporer la mer…
Ils restèrent un moment enlacés, contemplant le mystère. Puis ils refermèrent la fenêtre et se replongèrent dans la baignoire. Sylvia avait trouvé sur le rebord un vieux rasoir « coupe-choux » au manche de nacre et jouait avec.
- Il est aussi du XVIIeme siècle ?
- Non, bien sur ! Du début du XXeme, je crois…
- Le tranchant est bien entretenu… Au lycée, j’adorais écrire et dessiner sur les tables !
Soigneusement elle grava plusieurs motifs sur le torse de l’homme: un cœur, une croix, des fleurs et les lettres E.L.I.A.S., qui se mirent à ruisseler, vermeilles. Elle y but. L’eau devenait rose. Ils se comprenaient sans parler, maintenant. Elle passa le rasoir à Elias, plongea ses deux mains dans le sang et s’en enduit les seins, puis la bouche.
- Je te plais comme ça ?
Sans attendre de réponse elle lui tourna le dos, s'appuya  contre le rebord de la baignoire et se cambra. Le rasoir mordit longuement sa peau, plusieurs fois, des omoplates aux reins. La brûlure partait de la périphérie de son être jusqu’au plus profond, mettant à nu au passage des strates inconnues d’elle-même, de nouvelles ouvertures par lesquelles elle s’offrait davantage. Son dos était en feu, ce feu rayonnait dans tout son réseau nerveux, comme autant de ramifications gagnées par l’incendie. La langue de son amant s’immisçait dans les coupures, remontaient sur sa nuque, ses épaules ou les dents prenaient le relais. La queue savonneuse d’Elias se glissa entre ses fesses, poussa, l’ouvrit aussi par là. Elle hurla, se tordit sans trop savoir si elle voulait se dégager ou s’empaler plus. Une barre de chair ardente la transperçait sans pitié. Sanglante, sodomisée, elle tendit le cou. Elle aurait aimé qu’à cet instant il passe la lame devant et l’égorge sans sortir d’elle. Mais c’est ensemble qu’ils devaient mourir. Pour cette fois il se contenta de lui procurer un nouvel orgasme noir.

            6

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Sylvia regardait la nuit depuis la chambre, et la mer qui remontait. Elle ignorait l’heure qu’il pouvait être, peut être deux ou trois heures du matin. Mais quelle importance ? Avant que le jour ne lève, elle serait libérée du temps. Toujours dans le plus simple appareil, elle referma la fenêtre et revins s’allonger prés d’Elias. Elle avait été dépouillée de ses vêtements quelques instants après son arrivée, le soir d’avant, de façon violente. Ils avaient été arrachés, déchirés, jetés à terre, et elle n’avait plus songé à les remettre. Symboliquement, c’est intérieurement qu’elle avait été dévêtue, débarrassée de ses masques et ses leurres, de ses espoirs comme de ses craintes. Elle mourrait nue, dans son identité originelle. Elias était nu aussi. Leur mort n’avait rien de triste. Chacun de leur coté ils avaient errés dans un labyrinthe, et voila la porte qui s’ouvrait sur un monde sans mur.
Chacun parcourait la peau de l’autre, cette limite qui bientôt ne serait plus. Sur le marbre des tables de nuit, le couteau trônait du coté de l’homme, le rasoir du coté de la femme. Agnès rentra dans la chambre, après avoir cogné à la porte, par habitude. Elle portait un jerrican d’essence dont elle repartir le contenu avec soin sur tout le sol et les meubles n’épargnant que le lit.
- Voila, dit elle. Tout est prêt. J’ai allumé la cigarette sur la table du salon. Dans quelques instants elle va enflammer les kleenex au bout. Ensuite j’ai mis pas mal de papier roulé en boule.
- Bien, répondit Elias, ça nous laisse un peu de temps. Viens, maintenant.
Agnès se dévêtit à son tour et les rejoignit. Sylvia détaillait le corps qu’elle avait déjà examiné aux urgences, avec un oeuil professionnel : le peau plissée qui surmontait des seins de taille moyenne mais un peu flasques, avec la rose tatouée. Ses côtes saillantes qui détonnaient avec le ventre rond et les cuisses grasses. Un pubis en broussaille, sans soin. Ses fesses par contre étaient fermes et belles. Elle se tenait à genoux au pied du couple allongé, s’appuyant sur une des colonnes torsadées.
- Je voulais vous demander, monsieur…j’aimerais que vous me preniez une dernière fois…Si madame est d’accord, bien sur, sinon…
Sylvia lui sourit.
- Je suis d’accord, Agnès…Pas de problème !
L’employée vint s’allonger prés de son patron. Avec une visible connaissance de ses ressorts intimes, Elias lui parcouru le ventre et l’intérieur des cuisses de sa bouche, avant de passer la langue dans sa rose entrouverte. Sylvia l’observa lécher Agnès qui ondulait son bassin avec de petits cris. Au moment où elle allait exploser il se redressa et la cloua littéralement au lit avec son pieu. Elle cria plus fort. Tout en la labourant de son sexe il avait saisi le couteau et lui entailla la base du cou. Il porta ses lèvres à la fontaine rouge.
img0192Très échauffée, Sylvia s’était collée à eux et se masturbait en se frottant sur l’os de la hanche d’Agnès. Elle tenait le rasoir et lui fit une autre entaille, de l’autre coté. L’odeur et le goût du sang l’enivrait.
Agnès hurla encore :
- Comme c’est bon ! Merci ! Merci !
Puis un spasme la secoua, elle jouit bruyamment et s’immobilisa, un sourire figé sur ses lèvres blanches.
Elias posa un baiser sur le visage sans vie d’Agnès. Venue du rez de chaussée, de la fumée envahissait le couloir, se glissait dans la chambre.
Il s’assit en tailleur à la tête du lit, la verge dressée, son couteau encore en main. Sylvia vint s’emboîter sur lui, et referma ses jambes derrière son dos.
- On s’en va, murmura-t-il
Il l’embrassa. Elle le sentait au fond de son ventre et ses lèvres sur les siennes. Elle frémit sous la caresse du couteau. La lame avait pénétré plus profondément que d’habitude et un flot jaillissait sur le coté de sa gorge. Mais la bouche de son dernier amant vint s’y poser, transformant la douleur en plaisir. Elle se servit du rasoir de la même façon sur lui et téta aussi à la plaie. Du coin de l’œil elle aperçu les lumières dansantes de l’incendie dans l’escalier.
Il l’aspirait. Elle se vidait en lui. Il se vidait en elle. Il n’y avait plus qu’un tourbillon qui passait de l’un à l’autre, et le plaisir qui les emportait. Quand les premières flammes vinrent lécher le sol de la chambre ce fut un grand embrasement, un éclat rouge dans un grondement. Quelqu’un brûlait quelque part mais ce n’était pas elle. Elle était dilatée à l’infini, dans la clarté de la lune, le scintillement des étoiles, unie au vide qui contient tous les mondes…                                                                                     incendie1

Come on baby...and she had no fear
And she ran to him...then they started to fly
They looked backward and said goodby...she had become like they are
She had taken his hand...she had become like they are
Come on baby...don't fear the reaper

Blue Oyster Cult (Don’t fear) The Reaper

(Beaucoup d'illustrations de cette histoires sont extraits du site allemand

érotico-gothico-vampirique: Dark vampires que je trouve trés beau)

Posté par paladin95 à 07:00 - Eros et Tanathos (Reservé aux adultes) - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


09 avril 2006

Contes d'Eros et Tanathos : LA FIN-1

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All our times have come
Here but now they’re gone
Seasons don’t fear the reaper
Nor do the wind, the sun or the rain...we can be like they are
Come on baby...don’t fear the reaper
Baby take my hand...don’t fear the reaper
We’ll be able to fly...don’t fear the reaper
Baby I’m your man...
Blue Oyster Cult (Don’t fear) The Reaper

1

Il est des fins préférables aux commencements, comme les soirs sont souvent plus doux que les matins. Les matins sont pénibles avec leurs réveils difficiles, leurs lots d’inquiétude et leurs perspectives des tâches quotidiennes. Les soirs au contraire amènent l’apaisement, l’abandon aux délices du repos, du sexe et du sommeil. Quand Sylvia eut croisé les yeux bleus de l’homme, elle compris que c’était le commencement de la fin.

La première rencontre qui décida de son destin fut celle d’Agnès Prat, lors d’une garde ordinaire, avec ses petits bobos et ses problèmes plus graves. De la nuit extérieure, harcelée par le crachin persistant, surgissaient les véhicules blancs où rouges surmontés de leurs tournoiements bleus. Sylvia se sentait à l’aise aux urgences, dans leurs lumières vives et leur air surchauffé. Ce lieu de passage et de souffrance était sa deuxième maison. Elle était belle, mince, blonde aux yeux verts. Médecin assistant à moins de quarante ans, on la pressentait comme future chef de service.
Un coup d’oeil sur la fiche d’admission lui appris que la patiente dans le box avait été victime d’une urgencesagression sexuelle avec violence de la part de trois hommes, dans St Antoine, un quartier périphérique très « chaud » de la ville. Elle vit aussi qu’elles avaient le même age. Quelle différence, néanmoins ! Cette femme, lui semblait de dix ans son aînée, avec ses cheveux, noirs à l’origine mais majoritairement poivre et sel, ses yeux cernés et la chair flasque de son corps maigre. Elle la salua, se présenta. Elle était le médecin de garde, mais vu les circonstances, elle allait faire appel à sa collègue légiste.
La patiente leva ses yeux gris. Ils étaient beaux et exprimaient une sérénité qui ne convenait pas à la victime d’un viol. Sa voix était empreinte de tristesse mais tout aussi calme.
- Je croyais que les légistes ne faisaient que des autopsies.
- Non, ils s’occupent de tout examen qui concerne la justice. Je présume que vous allez porter plainte. Le certificat d’un médecin légiste établira de façon officielle les sévices qu’on vous a fait subir.
Ce soir là, c’était Anne, une amie de longue date de Sylvia qui était le légiste de garde.
- Non, répondit Agnès Prat. Ce ne sera pas nécessaire, je vous remercie.
Elle eu un geste de la main qui balaya l’espace Son regard se perdit, loin…
- Tout ira bien…
- Mais enfin, repris Sylvia, vous n’allez pas laisser ces salauds s’en tirer comme ça ? Je sais que c’est difficile comme démarche, vous vous sentez salie, vous ne voulez plus en reparler…
Agnès sourit.
- Ce n’est pas ça. Je voudrais juste téléphoner chez moi pour qu’on vienne me chercher…
- Oui, on va vous faire prévenir votre mari.
- Non, mon patron. Je suis employée de maison, mon patron est ma seule famille. Il me ramènera chez nous…
Désorientée, Sylvia n’insista pas. Elle se contenta de l’examiner et ce qu’elle constata la remplit de dégoût. Les agresseurs, prudents, avaient utilisés des préservatifs. Non contents d’avoir forcé le vagin et l’anus de leur victime, ils lui avaient écrasés des cigarettes sur le ventre et les seins, marquant d’un trou noir la rose qu’elle avait tatouée sur la poitrine. Un petit raffinement sadique, si elle n’en avait pas eue assez. Ils la trouvaient « trop vieille ». Elle n’avait pas vu leurs visages, masqués par des cagoules. Un autre tatouage, trois lettres, était incrusté sur son bras
- « E.D.M .?» Lu Sylvia à haute voix
- « Enfant du malheur » traduisit Agnès.
En effet la vie semblait ne pas avoir épargnée. Son corps était plus usé encore que son visage. Des cicatrices en forme de barreau d’échelle indiquaient plusieurs tentatives de suicide. Ses veines étaient sclérosées aux bras et au cou de pied.
- Je me suis shootée à l’héroïne longtemps, expliqua-t-elle du même ton détaché. Mais j’ai arrêtée.

2

Une heure plus tard une Mercedes noire s’arrêtait devant les urgences. Lorsque Agnès ouvrit la portière, la lumière éclaira un instant le chauffeur, un homme de haute taille, ses cheveux noirs ramenés en queue de cheval. Sylvia l’observait à travers la porte vitrée. La voiture démarra, se fondit dans la nuit.
- Hé bien ça ! S’écria l’infirmière, à coté d’elle.
- Quoi ?
- Je me disais que je la connaissais. C’est l’employée de la maison Duaruz, une des plus anciennes bâtisses du bord de mer. Et celui qui est venue la chercher c’est Elias Duruz, le propriétaire. On ne le voit presque jamais, je croyais qu’il vivait ailleurs. C’est une famille bizarre, de toute façon.
- Bizarres ?
- Oui, y’a plein d’histoires qui circulent sur eux. Ma grand-mère disait que les Duaruz ont pactisés avec l’Ankou.
- L’Ankou…La mort ?
- Oui ! D’après ma grand-mère on ne les rencontrait que de nuit et que c’était mauvais présage. Elle en connaissait des légendes, ma Mamie, toutes plus sinistres les unes que les autres! Des histoires de fantômes, sur les lavandières de nuits, les esprits qui attirent les marins sur les récifs, etc…Mais pour arranger le tout cette femme qui garde la maison a la tête de l’emploi ! On la voit en ville faire des courses mais elle ne fréquente personne. Pas étonnant qu’elle se soit faites violer ; se balader le soir à St Antoine ! Moi j’y vais même pas le jour. Ca n’a pas l’air de l’avoir tellement commotionnée, d’ailleurs.
- Oui, elle est étrangement froide, peut être psychotique, répondit Sylvia.
La nuit continuait avec l’arrivée d’un homme d’une cinquantaine d’années qui se plaignait d’une douleur dans la poitrine et qui fut dirigé vers la réanimation. Une jeune fille qui dans un raptus avait avalé un tube de Lexomil reçut des charbons et Sylvia lui conseilla de rencontrer un psychiatre. Elle fit quelques points de sutures. Une aide-soignante lui parla longuement de sa fille.
Vers neuf heures, le soleil automnal était encore bas et rouge. A l’ouest le ciel se dégageait sur la mer, bientôt le beau temps gagnerait les terres. Même si ce n’était pas le chemin le plus court Sylvia aimait prendre la route de la côte pour rentrer. Elle avait baissé la vitre et l’air frais iodé la revigorait après sa nuit. Comme d’habitude elle avait éteint la radio et suivait les lacets. Le bruit du moteur, le son des vagues et du cri des mouettes lui vidaient la tête.
resize_20of_20dscn2935Au détour d’un virage une haute maison de granit attira son attention. Elle avait oublié l’anecdote d’Agnès Prat mais d’après son adresse et ce que lui avait dit l’infirmière, elle réalisa que ce bâtiment qu’elle voyait tous les jours était la maison Duaruz. Elle devait dater du XIXeme siècle. C’est donc là qu’ils vivaient…
Elle se réveilla vers 17heures. Il lui était toujours plus difficile d’émerger du sommeil en journée, après une garde de nuit, que le matin. Ses rêves avaient été hantés par des images récurrentes : celles d’Agnès Prat, de la Mercedes noire qui était venue la chercher. Agnès lui demandait de monter avec elle dans la voiture mais elle ne pouvait voir le visage du chauffeur. « Hé bien, cette femme et ce qu’on m’en a dit m’a plus impressionnée que je ne le croyait » Pensa-t-elle. Lourde, elle se fit un café et s’installa dans le salon, sa tasse à la main. Le téléphone sonna, c’était Anne.
- Salut Sylvia ta garde s’est bien passée ? Pas trop bousculée ?
- Non, ça va, et toi, la tienne ? Pas trop de macchabées ?
- Ben relativement calme mais j’ai finie en retard. Sur le matin, on a eu un nouveau cas. Même état des corps mais…pas pareil !
- Des corps ? Y’en avait plusieurs ?
- Il y en avait trois. Pour une fois c’était des hommes et visiblement ils se sont battus. Ils étaient salement amochés. On les a trouvés dans une ruelle de St Antoine, leur mort devait remonter à 4heures du matin environ. Cette fois il y a eu violence. Mais comme d’hab, plus beaucoup de sang en eux et très peu autour. En fait les flics n’y comprennent rien…, Ils pensent que ces trois la étaient des violeurs en puissance : ils avaient des cagoules dans leurs poches et des préservatifs, leurs pubis étaient rasés comme s’ils ne voulaient pas laisser de poils qui pourraient les compromettre. Sylvia ? Tu es toujours la ?
- Oui…
Sylvia serrait le combiné en fermant les yeux. Brusquement c’était comme une dernière pièce d’un puzzle qui se mettait en place. Et des portes s’ouvraient en elle, vers des lieux secrets de son esprit. La porte s’était ouverte sur des vues abyssalles dont elle ne pourrait plus se détourner. Elle irait. Ce soir. Elle ne savait pas ce qu’elle dirait où ferait mais elle ne reculerait pas.

3

Lorsqu’elle s’était réveillée, deux heures auparavant, le soleil brillait. Maintenant qu’il disparaissait dans la mer, les nuages reprenaient possession du ciel, tels de grandes montagnes aériennes, dans des nuances ivoire, grises, roses. Les plus bas, plus plats, étaient franchement noirs. De l’autre coté de la route, en contrebas, la marée était haute et par moment Sylvia apercevait un jet d’écume surgir des rochers. Emue comme une collégienne à son premier rendez-vous amoureux, elle sonna à la porte de la maison Duaruz Un sentiment fait de jubilation et d’angoisse lui serait les entrailles au plus intime, la où la peur rejoint le plaisir. Agnès vint lui ouvrir.
- Ho…Docteur…Qu’est ce qui me vaut l‘honneur …?
- Rien…Votre maison est sur mon chemin, alors je suis passée voir comment vous alliez, j’étais un peu inquiète, vous êtes partie si vite des urgences…
Elle avait préparé ce discours mensonger. Pour le reste, elle aviserait. Comme elle l’espérait, Agnès la fit entrer.
- Je vais bien, ne vous en faites pas, je vous remercie pour vos soins…Je n’ose pas vous proposer du thé où du café à cette heure ci…Un alcool ?
Le salon, était garni de vieux meubles massifs et empli de la douce chaleur du feu de bois allumé dans la cheminée. Sylvia fit tourner son verre de whisky entre ses mains, observant le reflet des flammes sur le liquide ambré.
-Votre patron n’est pas la ? resize_20of_20dscn2870
- Monsieur Elias est…occupé !
- Je vous ai parlé du médecin légiste, vous savez ? C’est une amie. Et cette nuit elle a constaté le décès de trois hommes. Je pense qu’il s’agissait de vos agresseurs.
- Ha ?
Visiblement sa surprise était feinte.
- Oui. Ce qui est surprenant ce sont les conditions de leur mort. Une petite incision au cou et ils étaient presque exsangues. Mais pas de sang répandu autour.
Agnès restait impassible.
- En fait, continua Sylvia, il y a dans la région toutes une série de morts mystérieuses, tout à fait similaire ; une simple petite blessure par laquelle les victimes sont vidées de leur sang. Sauf que ce sont toujours des femmes et qu’elles ont l’air d’être mortes non seulement paisiblement, mais dans l’extase, avec une expression de félicité suprême sur leur visage.
La voix d’Agnès avait changée, elle était moins assurée.
- Et alors ? Qu’est ce que ça à voir avec moi ?
Sylvia se jeta à l’eau
- Peut être en savez-vous plus…Cette nuit vous avez été vengée quelques heures après votre viol…
- Vous pensez que c’est moi qui ai tué ces hommes ? Et ces femmes dont vous parlez ?
Ses yeux gris fixaient le médecin d’un air hostile.
- Non, pas vous. Certaines de ces femmes avaient eues un rapport sexuel juste avant leur mort. Avec un homme.
- Et je présume qu’on a fait une analyse de sperme ?
L’homme qui avait dit cela venait d’entrer dans la pièce et Sylvia le voyait de prés pour la première fois. Il avait la trentaine, grand et solidement bâti, vêtu simplement d’un pull noir et d’un jean. Un fin collier de barbe, aussi noir que ses cheveux attachés, entourait sa bouche bien dessinée. Et ses yeux…D’un bleu clair, transparent Elle fut surprise de sentir son sexe se mouiller quand leurs regards se croisèrent. Il donnait l’impression à Sylvia de la transpercer, de la pénétrer, à tous les sens du terme.
- Le sperme, oui… Stérile, complètement…
Il s’assit sur un fauteuil, en face d’elle.
- Agnès ne souhaitait pas qu’on la venge, mais il y a une tradition d’honneur dans ma famille.
Il se tourna vers son employée de maison.
- N’ai pas peur, elle ne veux pas nous faire d’histoire. Sinon vous seriez allée directement voir la police, n’est ce pas ?
Abasourdie, Sylvia fit signe que oui avec la tête.
- C’est donc vous ? Mais pourquoi ? Les violeurs je comprends mais ces femmes ?
- Vous le disiez, leur mort a été extatique. En fait elles étaient d’accord. C’était des femmes marginales, blessées, qui ne tenaient plus à la vie. Plusieurs d’entre elles étaient cancéreuses ou séropositives.
- Séropositives…Mais qu’avez vous fait du sang ?
- Je l’ai bu.
Il regarda Sylvia
- Le SIDA ne peut pas m’atteindre.
Sylvia se leva. Elle s’était fourvoyée, ce type était fou. Comment lui échapper, maintenant ?
-Ecoutez, je n’ai rien vu, rien entendu, je dois partir…
Elias avait ouvert un tiroir et, lui bloquant le passage, lui tendit une petite sacoche. Agnès, impassible, avait allumé une cigarette.
- Il y a eu des médecins dans ma famille. Je voudrais que vous m’examiniez avec ça.
La sacoche contenait un tensiomètre et un stéthoscope, de facture assez anciens. Calmement il enleva son pull et apparu torse nu. Il était bel homme. Sylvia décida de gagner du temps en faisant ce qu’il voulait. Elle commença un examen de routine, puis fronçant les sourcils, tapota l’extrémité du stéthoscope. Elle entendait bien le choc amplifié dans l’appareil. Elle explora de ses doigts le poignet, le cou de l’homme. Il souriait.
- Alors, vous constatez ? Je n’ai pas de tension, pas de pouls, pas de respiration. Je suis mort. Pourtant je vis. Mais pas de la même façon que vous. Je ne sais pas bien moi-même comment. Je pense que ce qui maintiens et anime mon corps est une énergie subtile contenue dans le sang que j’absorbe.
- Vous seriez un…
- Un vampire, oui. Le dernier de la famille Duaruz. Et son dernier membre.
Sylvia se laissa retomber sur le fauteuil.
- Hé bien, après avoir pratiqué la médecine pendant presque quinze ans, rencontrer un cas comme le votre…
- C’est pourtant vrai, dit Agnès. Il y a plus de dix ans que j’ai rencontré Monsieur Elias. Il avait l’air d’avoir le même age que moi, à l’époque, sauf que moi j’ai vieilli et que lui a gardé le même aspect. Je me prostituais pour payer ma dope. Un jour j’étais étalée par terre, au bord de l’overdose. Je me demandais si je n’allais pas y rester, cette fois-là, quand je l’ai vu penché sur moi. Il m’a soulevée comme une plume et m’a emportée.
- J’étais sauvage et je ne me posais pas de question sur mes victimes, continua Elias. J’ai commencé à boire son sang. Les drogues n’ont pratiquement aucun effet sur moi, l’héroïne lui donnait juste un goût particulier. Mais je ne suis pas allé jusqu ‘au bout. Qu’est ce qui c’est passé, je ne sais pas, mais ça n’a plus été pareil. Je n’ai plus vu les mortels comme de simples proies.
- Il m’a recueillie, il m’a soignée. On dit que les vampires sont des monstres ? Hé bien personne n’a jamais été aussi humain que Monsieur Duaruz avec moi. Depuis je lui ai souvent laissé boire mon sang, en toute confiance.
Elias saisi délicatement le poignet de son employée et le mordit. Une goutte de sang perla sur son menton. Les lèvres collées à la blessure, il l’aspira. Agnès ferma les yeux et rejeta la tête en arrière avec un gémissement de plaisir. Ses jambes s’ouvrirent, puis se serrèrent. Le spectacle était si équivoque que le corps de Sylvia réagit à nouveau. Un spasme secoua son vagin qui s’inondait encore. L’homme cessa rapidement. Il lécha les dernières gouttes qui perlaient au poignet d’Agnès. Elle ouvrit les yeux et un instant la femme fatiguée eut l’air épanoui et comblée.
- Maintenant, expliquez nous, demanda Elias. Mon esprit est aussi différent du votre que mon corps. Et je perçois les gens hostiles avant qu’ils ne m’approchent. Mais vous n’êtes pas hostile, au contraire, vous voulez me rencontrer…Alors, pourquoi ?
Sylvia prit une respiration et se lança pour la deuxième fois :
- Je veux être la prochaine. Que vous me donniez la même mort que ces femmes.
Agnès sursauta et alluma nerveusement une nouvelle cigarette.
- Alors, la, docteur, je ne comprends pas ! Enfin…Vous êtes belle, vous avez un bon emploi, vous avez tout pour vous, alors, pourquoi vous voulez mourir ? Moi, j’ai eu que des galères, j’étais toxico à 17ans, je faisais le trottoir à 19. Vous avez vue encore ce qu’il m’est arrivé la nuit dernière ? Depuis longtemps j’ai plus personne, à part Monsieur Elias. Quatre fois j’ai essayé de me suicider. J’ai bien compris qu’on croit pouvoir lâcher la rampe, mais au dernier moment on s’accroche à la vie, on la laisse pas comme ça. Vous avez bien un mari, des enfants ?
- Je n’ai jamais pensé à me suicider, répondit Sylvia. Je veux mourir, c’est tout. Parce que j’ai plus envie de me battre pour obtenir ce que je veux, pour fuir ce que je ne veux pas, être gaie, être triste, sans que je puisse choisir. Je n’ai pas d’enfant. Je ne suis pas mariée, mais je n’ai jamais manqué d’amants. Mais je sais bien qu’ils n’y pas d’amour éternel, que toutes les passions retombent.
masSylvia pensait à Marc, son amant du moment. Marc était quelqu’un de bien, gentil et doué au lit mais elle n’avait plus envie de lui. Depuis qu’elle avait entendu parler de ces femmes mortes dans l’extase, elle ne pouvait s’empêcher de fantasmer là-dessus en se caressant. Elle imaginait un homme au visage inconnu, qui lui faisait l’amour sauvagement, après lui avoir ouvert les poignets. Il la prenait en levrette, son sexe la défonçait sans ménagement pendant qu’elle perdait son sang et elle mourait juste au moment de l‘orgasme. Elle se repassait ce scénario, plusieurs fois d’affilées avec des variantes ; quelquefois elle était attachée et l’homme sur elle, d’autre fois elle se voyait allongée sur un coin de table. Elle gémissait et se tordait dans son lit, se faisait jouir et rejouir encore a chaque fois qu’elle se voyait mourir et finissait par s’endormir la main entre ses cuisses. Elle s’était demandée si elle devenait folle, puis avait fini par admettre ce qu’elle désirait.
- Et puis, continua-t-elle, parce que je vieillis. J’en vois les signes tous les jours dans mon miroir. Parce que je connais trop les processus du vieillissement chez les autres. Et parce que de toutes façon je vais mourir un jour, alors autant éviter la sénescence. Comme vous dites, je veux lâcher la rampe, tout lâcher. Renoncer. Me laisser glisser comme on se laisse glisser dans le sommeil. Le repos.
Elle fixa Elias qui écoutait, impassible, et rougit en concluant :
- Voila ce que je suis venue chercher. Finir en beauté. Que vous me fassiez passer de la petite à la grande mort…
Agnès écrasa sa cigarette, presque violement…
- Pourtant, je vous dis, si je pouvais changer ma vie contre la votre…
Elias sortit de sa réserve par un geste d’apaisement.
- Je comprends, moi. Je vais vous exaucer. Excuse-moi, Agnès, tu veux bien nous laisser ?
Docilement elle se leva et se dirigea vers la porte.., mais au dernier moment elle se tourna vers Sylvia.
- Hé bien, puisque c’est comme ça…Je voudrais juste vous dire que…Vous remercier, madame. Vous avez été sympa avec moi la nuit dernière, c’est pas souvent que ça m’est arrivé…Bon, ben…
Elle bafouilla quelques mots et sorti. Sylvia restait seule en face de l’homme. Elle baissait les yeux. « Je suis comme l’agneau qui attends le couteau du boucher » Elle n’avait plus peur du tout, elle était excitée, son ventre brûlait, ses seins avaient durci. Elias la pris sous les bras, l’attira sur ses genoux et l’embrassa. Sa langue pénétra sa bouche, son étreinte d’acier la plaqua contre lui. Elle sentit la bosse qui soulevait son jean et oubliant toute pudeur, se mit à s’y frotter. Elle se sentait tellement trempée qu’elle eu l’impression que l’humidité traversait ses sous vêtements, son collant… Elle gémit en augmentant le balancement de son bassin contre la grosseur du pantalon. Les mains d’Elias se glissèrent sous sa jupe et déchirèrent en deux geste la culotte et le collant, aussi facilement que s’ils avaient été en papier. Elle avait déboutonné le jean et le membre se dressait, d’une rigidité de marbre. Depuis des semaines elle n’avait pas éprouvé de désir pour un homme, mais maintenant l’envie la submergeait ! Elle s’empala dessus, coulissa, remua pour le sentir butter au fond d’elle. « Le supplice du pal. Une histoire qui commence bien et qui finit mal …» Le gourdin qui la fouillait en lui arrachant des cris ne lui avait pas fait oublier ce qu’elle voulait. Elle fit voler son pull et son soutien gorge et tendit son cou, sa poitrine nue, offertes au vampire.
- Vas-y, vas-y !
Elle sentit ses dents se refermer sur sa gorge. Il n’avait pas de canines proéminentes et creuses comme dans les films, mais des dents solides et tranchantes. Elle nota quand même qu’il ne l’avait pas attaquée à la jugulaire. La bouche de l’homme s’était collée à la blessure et se mit à l’aspirer. Sylvia, tout en vampc139_jpgcontinuant à s’enfoncer sur le sexe qui lui bouleversait les entrailles, se sentit emportée par une sensation nouvelle. Alors que la verge d’Elias la remplissait, sa bouche la vidait. Ce nouveau plaisir qui prenait possession de tout son être lui faisait paraître bien fade le simple hommage viscéral. C’était celui de s’anéantir en l’autre, de se livrer entièrement comme une martyre au bourreau. Avec son sang il absorbait sa personne, sa vie et son esprit torturé. Son vagin se contracta spasmodiquement sur la virilité qu’il enserrait et elle comprit que l’orgasme qui arrivait n’était pas une vague mais un véritable raz de marée qui emporterai tout, sans retour. Il la frappa de plein fouet et ce fut le noir. Peut-être cria-t-elle, elle l’ignorait, elle n’était plus là.
Tout d’un coup elle était effondrée sur l’épaule d’Elias. Un liquide chaud lui coulait sur la poitrine, un autre au fond de son ventre. Elle dut reprendre son souffle pour exprimer sa déception :
- Je suis…Je suis toujours vivante…Pourquoi tu n’as pas…
Il l’embrassa.
- Je te donnerai ce que tu veux très bientôt. Je vais t’expliquer. Viens avec moi.

(A suivre...)

Posté par paladin95 à 00:19 - Eros et Tanathos (Reservé aux adultes) - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 janvier 2006

L'amante du lac

motiv1164Ce soir je me tiens à nouveau sur les rives du lac de Fourneuil. Devant ce paysage si calme, ces eaux lisses que le soleil couchant teinte de pourpre, j’entends un envol d’oiseaux au dessus de moi. Leur cri me parait mélancolique comme le souvenir d’une époque heureuse, avant que tout commence sur le bord de ce même lac, un soir d’été comme celui-ci. J’étais loin d’imaginer alors ce qui allait advenir. J’avais seize ans. J’ai conscience de parler comme une vieillarde alors que je suis une jeune femme, mais je me sens usée.

A l’époque ma vie était joyeuse, nous étions une famille aimante, simple mais pas pauvre. Le monde était clair, chaque chose y avait sa place, harmonieusement établie et je croyais qu’il en serait toujours ainsi. Notre empereur combattait au loin et Constant, mon cousin de vingt ans, était dans ses rangs. Je l’avais vu avant son départ, si beau et fort, sanglé dans son uniforme de hussard avec ses bottes luisantes, son shako sur la tête et son sabre au coté, que je ne réalisais même pas qu’il allait risquer sa vie. Je ne pouvais qu’être fière et admirative devant lui.

J’étais la plus jeune des trois filles. Si pour certains c’est une position difficile à vivre, moi au contraire j’étais choyée par mes deux sœurs, qui étaient pour moi deux mères de plus. Nous étions un chaud dimanche d’août et après la messe et le repas familial, nous avions passées l’après-midi à nous promener dans la campagne environnante, riant, discutant de nos futurs mariages. Pauline, l’aînée, était fiancée, Marie était courtisée et moi, sans le dire, je pensais à Constant. Le soir, la tête pleine de rêves romantiques, nous nous trouvâmes sur les bords du lac. Pour nous rafraîchir nous avions quittées nos souliers et, retroussant un peu nos jupes, nous trempions nos pieds dans l’eau. Bien sur connaissions la légende de la dame du lac, les vieilles du coin nous l’avaient maintes fois racontée. Si l’on répétait trois fois «Dame du lac, prends la plus belle d’entre nous», notre demande serait exaucée. La plus belle serait ainsi désignée, mais pour son malheur, enlevée sous les eaux. Evidement, on nous avait assez répété que tout ceci étaient des superstitions en lesquelles de bonnes chrétiennes instruites comme nous ne sauraient croire. Nous nous amusions à nous quereller pour savoir qui de nous trois prendrait la mystérieuse dame.

- Il suffit de lui demander, dit alors en riant Pauline. Dame du lac, prends la plus belle d’entre nous!

Entrant dans le jeu, Marie dit la même chose. Alors moi-même, ravie de la plaisanterie, je répétais:

- Dame du lac, prend la plus belle d’entre nous! lac_20meech

Soudain le sol s’ouvrit sous mes pieds et je tombais dans un grand puit noir. J’entendis les cris de mes sœurs mais je ne savais pas ce qui m’arrivais; j’avais un instant avant de l’eau à peine plus haut que mes chevilles. Et là, je m’enfonçais profondément mais sans être mouillée! Et je ne tombais pas droit, comme l’auraient voulues les lois de la pesanteur. Il me semblait que je tournais comme une feuille, je n’étais même plus sure du haut et du bas, ni du temps que dura la chute. Je retrouvais, toujours sèche, sur un sol minéral. J’étais dans une sorte de grotte aménagée comme un palais. Une grande pièce creusée dans la roche, ornée de draperies précieuses brodées de motifs fantastiques: entrelacs, figures animales stylisées, et de meubles de bois sculptés de même inspiration. La lumière provenait de multiples petites sphères accrochées un peu partout, contenant une flamme dansante, qui scintillait sur les parois et se réfléchissait dans les pierreries multicolores qui incrustaient les murs. Une femme se tenait devant moi, la plus belle que j’ai jamais vue. Elle portait une robe verte que je trouvais bien indécente, même si elle lui descendait aux pieds: proche de son corps, elle en révélait toutes les formes parfaites. Son visage semblait de porcelaine, pâle et finement sculpté. Ses épais cheveux noirs lui tombaient jusqu’à ses hanches pleines. Elle me considérait de ses grands yeux, verts aussi, et la majesté qui émanait d’elle était semblable à celle que j’imaginais émaner de l’Empereur lui-même.

Si je m’étais trouvée devant l’Empereur, je me serais jetée à ses pieds (on nous avait appris qu’il était le représentant de Dieu au temporel), je lui aurais dit qu’un de mes cousins était hussard dans sa grande armée. Mais devant cette dame inconnue tout aussi impressionnante, alors que j’étais déjà par terre, je ne pus que me recroqueviller en la suppliant de ne pas me faire de mal.

- Relève toi, dit-elle. Je ne ferai aucun mal. Je suis la Dame du lac.

Derrière moi, j’entendais pleurer et en me retournant, je vis un grand miroir contre le mur. Il ne reflétait pas la pièce mais l’image de mes soeurs, au bord du lac, se lamentant sur ma disparition. Je criais leurs prénoms.

- Julie! Dit alors Pauline. Tu as entendu, Marie? C’est elle, elle nous appelle!

Elles m’entendaient. Je me précipitais sur le miroir, car je comprenais que c’était par son intermédiaire que j’étais arrivée là. Mais je me heurtais à la surface polie, et je n’y vis plus que mon image.

- Trop tard, me dis la Dame. Tu as prononcé le charme qui t’a liée à moi, et moi seule pourrais t’en défaire. Mais je ne le veux pas. Le chemin du retour t’est fermé.

- Que voulez vous de moi?

- Te garder prés de moi, comme dame de compagnie.

Je fondais en larmes

- Je ne veux pas rester ici, je veux retrouver mes parents et mes sœurs.

L’expression de la dame se durcit.

- Je ne t’ai pas enlevée, tu savais ce que tu risquais en prononçant la formule. Tu te crois si malheureuse? Regarde moi. J’ai été crée bien avant ta race, lorsque les éléments se sont séparés du chaos originel. Il n’y avait que mes semblables, les filles et fils des eaux, les gnomes de la terre, les sylphes dans l’air et les salamandres dans le cœur des volcans et le feu du ciel. Après nous sont venus les végétaux, puis les animaux, puis bien plus tard l’humanité. Au début nous étions vos dieux, nous étions craint et on nous demandait la protection. Et puis les villes sont apparues, emprisonnant les éléments. De nouveaux dieux nous on chassés. Notre race diminue. Et moi, entourée par les hommes, par les prières à ces dieux étrangers, je suis prisonnière de ce lac. Depuis des siècles, je vis seule, avec juste mes esprits familiers. Ho! Ce sont de bons serviteurs mais inférieurs, qui ne constituent pas une présence. Plus personne ne partage ma vie depuis longtemps. Aujourd’hui je t’ai, et tu vivras avec moi. Une Dame du lac vaut bien plus que tes parents et tes sœurs.

- Mais je les aime! L’avenir se refermait. J’étais prisonnière de cette créature elle-même prisonnière…

- Tu apprendras à m’aimer! Viens. Je vais te montrer tout ce que tu posséderas avec moi.

J’avais très peur et je la suivais sans discuter. Les petites sphères lumineuses nous accompagnaient en voletant autour de nous. J’appris plus tard qu’elles faisaient partie des esprits servant dont la Dame m’avait parlé. Nous traversâmes de longs couloirs, des salles aux fenêtres garnies de vitraux colorés déclinant toutes le nuances de vert et de bleu, pour enfin sortir dans un grand jardin ou fleurs et arbres s’inclinaient devant la maîtresse des lieux, à son passage.

- Ils te salueront aussi, ma dame de compagnie!dit-elle.

Ce que je ressentis alors est difficile à décrire, mais en regardant chaque fleur, je percevais, en même temps que sa couleur chatoyante, un son harmonieux et un parfum délicat. Le jardin, dans son ensemble, formait une mélodie à la fois sonore, visuelle et olfactive. Fascinée, j’en oubliais un instant ma peur et mon chagrin. Au dessus de nous, le ciel était vert, agité de rides comme la surface du lac. Aucun soleil n’était visible, mais il s’assombrissait à l’est.

- Sommes nous sous le lac? Demandais-je?

- Nous sommes dans un monde qui coexiste avec le lac. Il existe quelques passages, comme celui par lequel tu es arrivée.

Ma situation me revint en tête, et je pleurais à nouveau. La nuit tombait, mais les fleurs restaient visibles, éclairées d’une luminosité intérieure.

- Allons, viens, lança la dame. Tu as peut être faim.

Dans une salle à manger aux murs couverts de gemmes, de nombreux plats étaient posés devant moi, viandes, légumes, fruits et pâtisseries. Du vin surgissait dans des coupes de cristal. Mais je ne mangeais rien. Mon estomac était noué.

- Alors, il ne te reste plus qu’à aller te coucher!

J’aurais tant aimé que ce soit ma mère qui me dise ça…

La chambre où elle me conduisit semblait aussi sortir d’un conte de fée. Quatre piliers de jade, reliées par des voilages blancs, formaient les colonnes d’un grand lit couvert de coussins.

- Voila…Ne me dit pas que cette couche ne vaux pas la tienne!

Elle ne la valait pas, mais je ne dis rien. Alors la Dame, si hautaine jusque là, referma tendrement ses bras autour de moi. Son étreinte était douce, et me rappelait celle de ma mère. Cela faisait longtemps que ma mère ne me prenait plus dans ses bras. Aussi je m’y laissais aller, trouvant cela très agréable. Une pensée un peu stupide me traversa l’esprit et je lui demandais si elle avait une chemise de nuit à me donner.

- Tu n’as donc jamais dormi toute nue? Me glissa-t-elle en me serrant plus fort.

Non, je n’avais jamais dormi toute nue. Mais habillement elle me défit de ma robe, et fit sauter mon corsage. Je ne compris pas ce qu’elle faisait quand elle posa ses mains sur ma poitrine ainsi découverte. C’est là que mon corps me surprit par sa réaction. Je sentis mes seins gonfler, leurs pointes durcir sous la caresse. Toujours enfermés dans leur corset, mes seins 4313étaient de ces parties du corps qu’une femme honnête ne touche jamais. J’ignorais qu’ils pouvaient provoquer une telle réaction, une si agréable chaleur! Une chaleur qui augmenta encore quand la langue de La Dame pénétra ma bouche, tandis qu’une boule de feu descendait dans mon ventre. Elle fit tomber mes jupons et à ma grande honte, et à mon plus grand trouble, mes pantalons de dentelles. Sa robe glissa, et comme je le pensais, elle ne portait rien dessous. Je n’avais jamais vu de femme entièrement nue, même pas mes sœurs. Et voila que j’étais nue, dans les bras d’une femme tout aussi nue, qui me poussait sur le lit,couvrant ma peau de ses mains et de ses lèvres.

On m’avait parlé au catéchisme du péché d’impureté, qui devait être particulièrement horrible, puisqu’on ne nous donnait jamais de précisions à son sujet. Je comprenais pourtant très bien que c’était cela, «Des attouchements impurs». Malgré tout, ces pensées restaient à la périphérie de mon être alors que j’étais emportée, que je gémissais, couchée sous ce corps qui m’avait vaincue sans combat. Quand elle m’écarta les jambes, je savais que j’aurais du les resserrer, qu’une chrétienne doit résister héroïquement à la débauche où je m’abîmais, prier Marie, les vierges et les martyrs. Mais sachant cela je m’ouvrais davantage à sa bouche sur mon sexe liquéfié, aux éclairs qui me traversaient au rythme de sa langue. J’étais ce que ma mère appelait une fille perdue, mais sur l’instant cette idée ne m’empêcha pas de m’abandonner en criant. Sans me laisser souffler, elle saisit ma tête et la dirigea vers son ventre. Nouvelle surprise, je pris plaisir à lécher son intimité, chose qui m’aurait paru la veille dégoûtante et insensée. Voila comment s’acheva ma première soirée chez la Dame du lac. Brisée, je m’endormais dans ses bras.
Lorsque je me réveillais, le lendemain, je réalisais vite que je n’étais pas dans la chambre que je partageais avec Pauline et Marie, et que j’étais en état de péché mortel. J’avais suffisamment entendu de sermons pour savoir que quelques secondes de consentement à une simple pensée impure pouvait me valoir l’enfer éternel, et j’avais consentie à bien plus qu’à des pensées, la veille ! Dans ce palais, pas prêtre pour me confesser ! Je n’eu pas le temps de beaucoup plus y réfléchir, car la Dame se réveilla, et sa peau glissa sur la mienne, sa jambe entre les miennes, et son sexe sur le mien. Et je capitulais à nouveau, tandis que le frottement de nos clitoris (Je ne savais même pas ce que c’était, à l’époque…) m’enflammait comme de l’étoupe. Ce n’est qu’après que je lui confiais mes remords, ce qui la fit éclater de rire !

- Ainsi donc, ton créateur t’a donné le désir et pas le droit de l’assouvir ! Je ne comprendrai jamais les conceptions des humains ! Quand à l’âme immortelle, que je sache, je n’en possède pas. Je vivrai tant que je n’aurai pas été tuée, et alors je retournerai à la Mère des eaux, je me dissoudrai en elle, et n’aurai aucun compte à rendre !

Je vécu dans ce palais, loin des miens que je pleurais toujours. Il y avait deux filles en moi. Une qui priait tous les jours pour demander à Dieu le pardon de ses débauches et la force d’y résister, l’autre qui attendait fébrilement le moment où elle se livrerait à nouveau audites débauches, à ces plaisirs si intenses qu’elle découvrait. Celle ci prenait immanquablement le dessus lorsque la Dame me touchait, et l’autre quand la deuxième était provisoirement assouvie. Je prenais aussi le goût à rester nue, et même à sentir les odeurs qui montaient de moi après l’amour.

Quelquefois la Dame s’éloignait, vaquait à de mystérieuses occupations et me laissait seule une heure ou deux. J’avais vite pris l’habitude alors de me rendre dans la pièce où j’étais arrivée, devant le miroir. Lorsque je le fixais quelques instants, les images des rives du lac y apparaissaient. Souvent elles étaient désertes. Une fois cependant, j’y vis s’y promener la vieille Aglaé, une voisine. Je l’appelais. Elle regarda autour d’elle, puis s’enfuit, sans doute persuadée d’avoir affaire à mon fantôme. Cela me confirma que l’on m’entendait à travers le miroir, puisqu’il était un passage entre les deux mondes.

La Dame me paraissait bien loin de moi; elle n’avait aucun sens du péché, voire aucun sens du bien et du mal. Elle ignorait ce qu’étaient les liens familiaux. Mais d’autre part, elle qui avait été si froide se montrait beaucoup plus affectueuse. Elle me couvrait de cadeaux : Robes somptueuses, parfums, bijoux dignes d’une reine ! Elle me demandait si je l’aimais, désormais. Je lui répondais que je ne pouvais m’y forcer, que j’étais sa prisonnière et aucun présent ne remplacerait mon retour dans ma famille. Elle entrouvrait alors mes vêtements, y glissait ses mains, et je la laissais faire.

- Tu ne m’aimes pas, mais tes seins se dressent quand j’y porte ma bouche et ton petit con se fait fontaine sous le jeu de mes doigts…

Elle joignait le geste à la parole et n’avais rien à répondre à cela, sinon mes gémissements. Ma conscience morale la rejetait mais mon corps la réclamait… daughterofthedeep

Je ne savais depuis combien de temps j’étais dans ma cage dorée. Rien n’y marquait le temps, pas de travaux et on n’y célébrait pas le jour du seigneur, ni les fêtes catholiques.

Je crus que la vie allait recommencer ce jour où, observant le miroir, mon cœur fit un grand bond dans ma poitrine. Constant se tenait sur les bords du lac de Fourneuil. Il était sans doute en permission, car il portait son uniforme, un peu défraîchi, rapiécé par endroit. Lui-même avait l’air plus mûr, plus sombre aussi. Il regardait fixement les eaux où j’avais disparue, perdu dans ses pensées. Je me collais contre la glace en criant son nom.

- Constant ! Je suis prisonnière du Lac ! Tu m’entends ?

- Julie ! Je t’entends et je te vois, cousine ! Tu m’apparais comme un reflet sur l’eau !

J’avais depuis longtemps réfléchi à la situation. Ce miroir était une porte de communication entre le pays de la Dame et le mien. Le passage fonctionnait donc dans les deux sens, sauf pour moi. La formule « Dame du lac, prends la plus belle… » M’empêchait de revenir. Mais quelqu’un d’autre, assez courageux pour tenter l’aventure, pourrait faire l’allée et le retour. Et à qui pouvais-je penser, sinon à mon héroïque cousin ?

- Viens vers moi Constant, tu peux peut-être me rejoindre !

Je le vis faire un pas en avant et…ses bras sortirent du miroir. Je les empoignais et le tirait. L’instant d’après, Il était là, avec moi, et me serrait dans ses bras, chose qu’il n’avait jamais faite jusque là.

- Je t’ai retrouvée, je ne te laisserai plus…

Malgré mon émotion, m’embrouillant dans les mots, j’essayais de lui raconter ce qui était arrivé. Bien sûr je ne lui parlais pas du type de relation que j’avais avec la maîtresse des lieux…Il ne put même pas me répondre, une voix retentit derrière nous.

- Petite catin ! Je t’ai choyée, donné tout ce que je pouvais et tu me trahis !

La Dame était à la porte, nous observant. Constant sortit son sabre et le brandit vers elle. Elle rit et n’eut qu’à lever la main. Mon cousin s’immobilisa, son corps pris la couleur des murs minéraux, aux particules scintillantes. Elle l’avait changé en statue, figé dans son attitude de soldat chargeant l’ennemi.

- N’est il pas beau comme ça ? Je le mettrais dans le jardin, au milieu des fleurs et des sources, et les oiseaux viendront s’y percher…

Je tombais à genoux, je la suppliais. Qu’elle lui rende la vie, qu’elle l’épargne, mon cousin était bon et jeune, elle ne pouvait être si cruelle.

Elle restait silencieuse.

Si elle m’aimait, continuais-je qu’elle le laisse repartir. Je resterai avec elle. Je ne la trahirai plus. Elle qui avait été si généreuse avec moi, je ne lui demandais qu’une chose; la vie de Constant et sa liberté. Fixés sur moi, ses yeux verts exprimaient la perplexité. Elle parla enfin. D’un ton que je ne lui connaissait pas. Grave et triste.

- J’ai bien compris, tu ne m’aimeras jamais. Ta place n’est pas ici. Ici il n’y a de place que pour moi et ma solitude.

Elle releva la main et Constant redevint vivant.

- Je vais te la rendre. A une condition.

- laquelle, sorcière ? Bredouilla Constant, entre la terreur et la colère.

Elle se mit à genoux, dégrafa le haut de sa robe. Mon cousin la regardait, subjugué par sa poitrine ferme et rebondie qu’elle avait ainsi dénudée. Elle arrangea sa chevelure pour découvrir son cou.

- Ton arme contient du fer, une substance qui peut me tuer ceux de mon espèce. Donne moi la mort, et la délivrance de cette vie sans compagnie. Je ne peux plus espérer attirer une autre fille, qui ne pourra de toute façon me donner ce à quoi j’aspirais. Toi Julie, mon emprise sera levée des l’instant de mon trépas et tu pourra rentrer chez toi avec lui, puisque lui t’a conquise.

A mon tour j’étais muette, partagée par des sentiments contradictoires. Constant ne savait que dire.

- Je suis un soldat. J’ai combattu les armées coalisées contre l’empire, mais ne peux tuer froidement une femme à terre…

La voix de la Dame exprima alors la rage.

- Alors elle sera à moi pour toujours. Et tu sais ce que je fais d’elle ? Je l’oblige à partager ma couche. J’en use comme d’un garçon !

Elle se précipita sur moi et m’embrassa sur la bouche. Avec un cri sourd, Constant l’arracha à moi en la tirant par les cheveux. Il abattit son sabre et la tête de celle qui avait été mon amante roula par terre. Je hurlais.

Elle était coupé en deux mais ne saignait pas. Sur son visage un sourire était figé. Elle se mit soudain à se liquéfier, ses formes s’effaçaient et elle se répandait en une flaque d’eau verdâtre. L’eau coulait aussi à flot sur les murs qui se désagrégeaient. Sous nos pieds, le sol de pierre se transformait en boue. Tout le palais retournait à l’élément liquide. Je pris la main de Constant et l’entraînait vers le miroir. Sans réfléchir nous sautâmes au travers. Je me retrouvais avec lui, sur les bords du lac. J’étais de retour dans mon monde.

Inutile de détailler ce qui suivi immédiatement, le mélange de joie et de perplexité de ma famille qui me croyait perdue. Heureusement mes sœurs m’avaient vues emportées sous l’eau, sinon on m’aurait crue revenue d’une fugue. Ma mère remerciait le ciel aussi dévotement qu’elle avait prié et brûlé des cierges pour moi, elle se promit de faire graver un ex-voto à La Vierge. Mon premier souhait était de voir un prêtre, Constant m’accompagne chez le père Boudart, curé de la paroisse, pour témoigner de ce qu’il avait vu. Le prêtre s’épongea plusieurs fois le visage pendant notre récit. Il connaissait des récits sur ce genre de créatures, mais ne les considéraient jusqu’alors que comme des légendes païennes. Il m’entendit ensuite en confession, et je ne lui cachais rien. Cette Dame, me dit-il, était un être démoniaque, qui non seulement elle était sans âme, mais m’avait entraînée dans d’abominables relations contre-nature, qui appelaient la colère du ciel. Je devais remercier la providence de m’en avoir sauvée, malgré la complaisance que j’avais eue à pécher. J’étais passée très prés de la perdition. J’aurais dû normalement accueillir avec humilité les paroles de mon confesseur, et pourtant je ne pouvais condamner la Dame. Je lui en avais voulu de m’avoir retenue prisonnière, mais pas de ses caresses.

L’ordre de mon monde n’était pas immuable, je le réalisais. L’empereur était vaincu et les Bourbon revenaient sur le trône. Pauline nous quitta pour se marier. Et à l’automne suivant, j’épousais Constant. Le père Boudart avait conseillé d’hâter ce mariage, malgré mon jeune âge et des fiançailles courtes, en raison de ce dont je m’accusais en confessions. Je me réveillais régulièrement l’entrejambe inondé, les seins durs, d’avoir rêvé de La Dame. Avec elle j’avais découvert le plaisir et plus rien ne serait pareil. Un feu me dévorait souvent, même en pleine journée, et la récitation du chapelet ne pouvait le calmer. Mon confesseur citait le premier épître de St Paul aux corinthiens: « pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. »…« Car il vaut mieux se marier que de brûler. »

Lorsque Constant et moi nous retrouvâmes, le soir de notre mariage, il retroussa ma chemise de nuit et, retroussant la sienne, me pénétra. J’eu mal et je saignais, je savais que ça se passait comme ça la première fois. Mais par la suite, il avait beau me transpercer de son membre, je ne ressentais rien. Etendue sous lui, j’attendais juste qu’il cesse de s’agiter en moi et m’arrose de sa semence. Ses caresses rapides n’avaient rien des gestes habiles et affolants de La Dame. Il ne touchait pas mon clitoris et je crois qu’il en ignorait l’existence. Mes seins ne l’intéressaient pas, jamais il ne m’ôta ma chemise pour me prendre. Certes il m’aimait, mais depuis sa démobilisation il avait ouvert une taverne où se réunissaient les anciens soldats impériaux et je restais seule à la maison. Je pensais à la solitude de la dame, tellement plus longue et radicale que la mienne. Et comme je pensais à elle, il me revenait aussi le souvenir de sa bouche suçant mes tétons durcis, puis qui descendait le long de mon corps en le mordillant au passage, de ses mains qui caressaient mes fesses tandis que sa langue…A ce moment là je ne pouvait plus broder. Je lassais mon ouvrage et ma main passait sous ma jupe, pour m’amener le soulagement. Le père Boudart me dit alors que j’étais malade, que l’onanisme, non seulement privait mon âme de la grâce, mais allait faire pourrir mon corps en épuisant sa vitalité. Mais je ne cessais pas. Je ne croyais plus que ce que les joies charnelles que j’avais connues, et dont j’étais privée, était des péchés. Je n’allais plus à confesse. J’avais épousé Constant, et j’étais toujours malheureuse.

ho_135L’été revint encore et je retournais, seule, au bord du lac, au coucher du soleil. Je maudissais ce Dimanche où tout avait commencé. Mais en même temps, aurais-je su ce qu’était le plaisir sans mon enlèvement ? Et est-ce que je devais regretter de le savoir ? Un lourd chagrin m’envahissait, lorsque je vis une lumière verte qui avançait sur l’eau, dans ma direction. Elle arriva jusqu ‘à moi et j’y aperçu une silhouette connue…puis elle disparue. Je revenais plusieurs soirs d’affilée, chaque fois la lumière m’apparu, et la silhouette. Elle restait une minute où deux, semblant attendre avant de s’évanouir. Contrairement à ce qu’elle pensait, il existait donc une forme de survie pour La Dame, et elle m’appelait, je le savais.

Et ce soir me voila à nouveau devant le lac. Mais cette fois j’ai longé les rives, jusqu’à l’endroit où elles forment un promontoire. Je me suis déshabillée entièrement et, dans la brise tiède du soir, je me suis caressée une dernière fois en pensant à toi. Le soleil est derrière l’horizon et je vois ta lueur, tu viens jusqu’en dessous de moi, là où l’eau est la plus profonde. Cette fois je vois plus précisément ton image dans la lumière, tes cheveux flottant autour de ton corps aussi nu que le mien. Maintenant je sais ce que je veux.

Tu ne seras plus seule désormais, et moi non plus. Je vais te rejoindre.

Posté par paladin95 à 19:50 - Eros et Tanathos (Reservé aux adultes) - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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